1,50 €

On entame des travaux à la maison et on en profite pour changer de mobilier. J’ai donc mis en vente sur eBay quelques meubles de chambre et de bureau, toujours en bon état mais ne correspondant plus à nos besoins actuels. Entre nous, je n’espère aucun bénéfice, je souhaite simplement qu’on m’en débarrasse et qu’ils rendent encore de bons services. La preuve, j’ai placé le prix de départ des enchères au plus bas : 50 €, par exemple, pour une très grande et pratique garde-robe-lingère impeccable.

Après quelques heures, l’enchère était déjà suivie par une quinzaine d’amateurs mais un seul avait enchéri de...1,50 €. Quelques heures plus tard, il m’envoyait un message me demandant si j’étais d’accord d’arrêter la vente s’il m’offrait - j’insiste sur ce mot - la généreuse somme de 55 €. J’ai longuement réfléchi, j’en ai discuté avec ma Ministre des Finances personnelle, nous avons pesé le pour et le contre et nous avons finalement décliné l’offre. Simplement parce que le code de bonne conduite d’eBay n’autorise pas d’interrompre une vente en cours.

Demain, la garde-robe sera adjugée : je suis donc allé voir ce matin où en sont les enchères : elles montent. Un deuxième amateur vient de mettre 1,50 € sur la table. Non mais, je rêve, c’est trop !

Nous avions d'abord contacté le CPAS et des œuvres de bienfaisance, mais ils ne veulent pas se déplacer pour venir chercher, démonter et emporter ces meubles.

Et si, en plus,  je vous offre 1, 50 €, vous voulez bien venir ?

 

Espérance de vie

L’espérance de vie du Belge est de 79 ans et quelques. Vive la médecine, vive la science, vive notre climat et la qualité de la vie qui nous conduisent jusque là.

Qui nous conduisaient, faudra-t-il dire bientôt.

Le ministre des Pensions, le brillant Vincent Van Quickenborne, vient d’avoir une idée qui pourrait bien inverser la courbe de notre espérance de vie. Elle qui progressait risque bien de revenir sur ses pas. Le brillant Mister Q a, en effet, imaginé de lier l’âge de départ à la retraite à l’espérance de vie. En d’autres mots, de faire travailler plus longtemps ceux qui ont une chance, selon les statistiques, de vieillir plus. Donc, si vous avez mené une vie saine, si vous avez de la chance, si vous êtes en forme à l’âge de la retraite et si vous avez quelques économies, vous pensez enfin pouvoir vivre quelques années heureuses, avant que le cancer ou l’infarctus ne vous tombe sur le coin de la gueule, aux côtés de votre femme qui n’a pas encore l’alzheimer et de vos petits enfants qui sont encore en âge de vous trouver intéressant. Et bien, vous vous mettez le doigt dans l’œil !

Avec Vincent Van Quickenborne, vous allez continuer à vous rendre à l’usine ou au bureau et vous user jusqu’à la corde. Vous allez supporter pendant quelque temps encore les haussements d’épaules et les sourires en coin de vos collègues parce que vous êtes devenus maladroits, (pas facile de travailler avec précision quand on a un début de Parkinson) ou parce que vos idées ne sont plus d’actualité «m’enfin papi, faudrait penser à remplacer ton Nokia par un iPhone».

Avec cette perspective, pas sûr qu’arrivés à l’âge de 65 ans, nous allons avoir envie d’une « désespérance de vie » plus longue. À quoi bon la quantité si vous n’avez pas la qualité? Sur un plan économique, cette proposition de Van Quickenborne a certainement des vertus. Pas seulement au niveau des pensions d'ailleurs. Mais aussi au niveau de la sécurité sociale : moins il y aura de vieux, moins il y aura de dépenses.

Et si on euthanasiait tous ceux qui arrivent à 65 ans ?

http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2012-05-25/ceux-qui-vivent-plus-longtemps-devront-travailler-plus-918032.php

 

 

Terrasse

C’est l’été ! Enfin, on disait que.

25°, un petit vent frais, c’est le temps idéal pour rester chez soi dans le jardin. À repiquer des bégonias, écouter le sifflet de la mésange, tondre la pelouse, prendre le frais et l’apéro à l’ombre du cerisier, se régaler d’une fricassée d’œufs frais du jour assaisonnée avec les premières herbes du potager. C’est le temps idéal pour laisser la voiture au garage loin de l’autoroute E19, de ses travaux en rade, de ses bouchons en pagaille et de ses navetteurs en rage. Depuis ce matin, je flâne et je vaque à des occupations jardinières et domestiques, je profite du soleil et du ciel bleu. Et, pour le dire clairement, je m’emmerde un peu.

Alors, je crois que je vais sauter dans ma voiture et aller retrouver deux ou trois mauvais camarades sur une terrasse en pleine ville.

Quelques bières fraîches et mousseuses, quelques klaxons dans la rue et quelques blagues de comptoir, ça fait aussi partie des plaisirs de l’été.

 

Chiffres en hausse

Mon Digipass a trépassé.

Je me suis donc rendu chez BNP Paribas pour remplacer la pile plate. Dans son immense générosité, la banque m’a offert un tout nouveau lecteur de code au design blanc et touches de couleurs. Un très joli joujou. Un peu compliqué quand même à initialiser – il faut dire que je suis assez nul pour ce genre de trucs – mais voilà, ça marche !

Ce matin, je l’ai donc inauguré. Chaque jour, en effet, avec mon premier café, je vais vérifier mon tas d’or et d’argent déposé sur mes multiples comptes. Avant, avec mon bon vieux Digitass, il me suffisait de taper mon code bancaire de quatre chiffres et hop, toutes les portes de mes coffres s’ouvraient et je pouvais admirer les jolies courbes de mes sicav et vérifier si un généreux donateur avait eu la bonne idée de faire un dépôt à mon attention.

Avec ce nouveau Digipass, la banque a décidé de mettre la barre de la sécurité très haut. Il faut y insérer ma carte bancaire, appuyer sur la touche rouge M1 afin de faire apparaître la mention ‘Challenge’, taper le premier code de 8 chiffres écrit en rouge sur mon écran d’ordinateur, ensuite taper OK suivi du code de 4 chiffres de ma carte. Un nouveau code de 8 chiffres apparaît alors sur l’écran de mon Digipass. Et un début de migraine à l'arrière de mon crâne. 

Pause, je respire, je prends un Dafalgan léger. Je me concentre et je tape ce nouveau code qu’on appelle ‘signature électronique’ à l’endroit ad hoc sur mon portable. Et si mes gros doigts ne dérapent pas sur les touches, Sésame ouvre-toi !

Voilà, j’ai mes comptes sous les yeux, pas sûr que ce soit bon pour mon mal de tête. Commençons par le compte privé... mouais. Passons donc au compte société: toujours pas de virement bien sûr, les délais de paiement de 60 jours fin de mois appartiennent désormais aux beaux souvenirs d’antan. Allons donc sur le compte de mes économies... ;-(((... ces maudites sicav Truc Equity High Dividend ont encore baissé. Au lieu d’ajouter des chiffres sur mon Digipass, chère(!) Banque, vous ne pourriez pas plutôt gonfler ceux de mes comptes?

Tant pis, je vais prendre un deuxième Dafalgan et faire un tour là où on annonce des chiffres en hausse. Dehors, au soleil.

 

Nivelles-Cannes

"Il s’est passé un drame pas loin de chez moi, je ne sais pas quoi exactement, mais les ambulanciers ont sorti plusieurs civières d’une maison de l’avenue Général Jacques, c’est une grande famille qui habite là, mais je ne sais rien d’autre".

Le 28 février 2007, dans le vestiaire avant de commencer notre partie de tennis hebdomadaire, un copain nous raconte ce qu’il a vu quelques heures auparavant. Le dernier journal télévisé de la soirée me donnera le complément d’informations. L’horreur. J’en ai encore le sang glacé chaque jour quand je passe devant la maison où Geneviève Lhermitte a poignardé et égorgé ses cinq enfants. Je ne connaissais pas cette famille mais je connais des gens qui la connaissaient. Un des proches voisins, par exemple, est un ancien condisciple de collège. Un ami pompier qui a vu les corps m’a confié à l’époque son choc émotionnel. En écrivant ces mots, j’en ai encore la chair de poule.

Je viens de lire l’interview de Joachim Lafosse qui présente aujourd’hui à Cannes son film « À perdre la raison » inspiré de cette affaire. Je me souviens des remous et polémiques que ce projet de film avait suscités à l’époque et du dégoût de Bouchaïd Moquadem, le père des enfants, et du docteur Schaar qui vivait avec eux. Qu’est-ce qu’on en a entendu des horreurs sur ces deux-là ainsi que des commentaires sentencieux et déplacés comme celui, par exemple, de Pierre Arditi, acteur alors pressenti pour jouer le rôle de ce médecin.

"Je ne sais pas si c’est la stricte vérité mais dans le scénario, ce médecin aurait été l’amant du frère (de Moqadem)... un  personnage à la fois terrible et magnifique” disait-il avant que le procès n’ait eu lieu. Le docteur en question, qui fut totalement et définitivement lavé de toute responsabilité dans cet assassinat par la justice belge, déposa plainte contre l’acteur trop bavard deux années plus tard.

Fallait-il vraiment «exploiter» cette histoire pour en faire du cinéma ? « Un film qui n'excuse rien mais qui cherche à comprendre » annonce le réalisateur qui le présente tout à l’heure sur la Croisette, peut-être pour remporter de l’or ou de l’argent. Bouchaïd Moquadem et le docteur Schaar, eux, en tout cas, ne comprennent pas.

Moi non plus.

http://www.lesoir.be/culture/cinema/2012-05-22/a-perdre-la-raison-joachim-lafosse-promet-de-bouleverser-cannes-917122.php

 

 

Gros seins et petite plume

«Il ne faut pas demander à l'artiste plus qu'il ne peut donner, ni au critique plus qu'il ne peut voir.» (George Braque)

 Il ne faut pas non plus demander au publicitaire plus qu’il ne peut – sait - écrire, ni au public plus qu’il ne peut - sait - lire. 

On n’a jamais vendu autant de livres qu’aujourd’hui, mais il paraît qu’on ne lit plus. En fait, je n’en sais trop rien, je ne suis pas un homme de statistiques, je ne fais que répéter ce que j’entends.

Ce que je constate, en tout cas, c’est que dans la pub francophone de ce pays, on écrit moins. Et surtout moins bien. De plus en plus souvent, on se contente de traduire, et non plus d’adapter, des textes (déjà mal) écrits en anglais et en néerlandais. Et quand je dis «traduire», n’allez pas comprendre qu’un interprète ou un traducteur fait le travail. Non, aujourd’hui, le boulot est confié à des traducteurs automatiques portant des noms aussi poétiques que Babel Fish, Systran ou encore Reverso. Résultat : les textes des affiches et des annonces ne sont plus seulement creux, «il ne faut pas demander à la pub plus qu’elle ne peut donner» mais ils deviennent de plus en plus affligeants, incompréhensibles... mal torchés, bordel !

Un exemple parmi tant d'autres : c’est quoi, cette affiche Prima Donna qu’on voit partout avec ces gros seins qui disent merci ? Ça veut dire quoi « lingerie de luxe jusqu’au bonnet i (ou l, je ne suis pas sûr de bien lire) » ? C’est quoi ce charabia sur la page d’accueil * de cette marque de lingerie ? Heureusement, la photo a un énoooorme talent. Mais je pourrais citer plein d’autres exemples aussi nuls pour des yaourts, des pneus ou des trucs nettement moins aguichants.

L’exemple « Prima Donna » est particulièrement symptomatique d’une approche qui se généralise dans le métier de la com : à quoi bon se casser la cervelle pour écrire des choses intéressantes, séduisantes, convaincantes –oserais-je dire intelligentes ? - alors qu’il suffit de montrer des images chocs, cons ou sexy pour attirer l’attention ? À quoi bon casser sa tirelire pour payer des mecs qui vont nous casser les pieds avec des belles phrases ? À kwa bon écrir san fôtes ?

Les consommateurs sont quand même des nuls qui ne lisent plus, pas vrai ?

* http://fr.primadonna.eu/FR/home.aspx

 

Bled

Léontine a fermé son café il y a déjà deux ans. Luc a liquidé son épicerie à peu près en même temps, il était au bord de la faillite. François a fait banqueroute et a remis sa boulangerie à une chaîne industrielle. Le marchand de journaux et de cigarettes est mort depuis longtemps. Le Café de la Gare est en ruines, il faut dire que la gare a été rasée il y a belle lurette. La boucherie, la mercerie et le petit magasin de bonbons de Renée ne sont plus que des photos aux couleurs passées. Même les deux églises ont fermé leurs portes, sauf une heure le dimanche matin pour une messe que vient célébrer en vitesse le prêtre africain chargé des anciennes paroisses de la région.

Bref, il n’y a plus beaucoup d’endroits de rencontre dans mon bled.

Les nouveaux habitants se connaissent à peine et se cantonnent dans leurs nouveaux lotissements, se promènent peu dans l’ancien village et ne disent pas bonjour quand ils passent devant chez moi et que je taille ma haie.

Heureusement, tout n’est pas foutu.

Dans le petit bureau de l’ancien garage Toyota abandonné depuis une dizaine d’années, deux frères ont démarré tant bien que mal un petit commerce de proximité qui en est aujourd’hui à sa troisième ou quatrième année. Un magasin de «barakis » comme on a dit alors avec condescendance  Quelques conserves, des pâtes, du riz, des épices et des boissons sur des rayonnages de fortune, pas de frigos, quelques brosses et torchons dans un coin, voilà le pauvre assortiment que présentait cette boutique grande comme une cuisine d’appartement. Mais avec le temps, le magasin a envahi tout le bâtiment, une sorte de hangar, pour devenir aujourd’hui une super-superette, un souk où l’on trouve un peu de tout. Je dirais plutôt beaucoup de tout. Ouvert 7 jours sur 7, de 8h00 à 20h00.

Comme il manque toujours du café, ou du pain, ou du beurre, ou du yaourt, je fais un saut «Chez Pinou» quasi tous les dimanche-matin.

Aujourd’hui, avec le soleil, j’y ai retrouvé un peu de l’atmosphère perdue du village d’antan. Trois vieux étaient assis sur le muret devant l’établissement, occupés à siroter une canette de bière et à fumer des cigarillos Cogétama, l’un deux avait une casquette sur la tête et la retirait chaque fois qu’un client le saluait. Dans le magasin, pas mal de monde et beaucoup de bruit. Les gens parlent haut, la musique joue un peu fort. C’est le plus jeune des deux frères qui est au comptoir. Quand arrive mon tour, il me tend la main et me demande « Comment vas-tu ? Et Madame ? Et les petits ? Et patati, et patata ». Et dans la file, ça papote, ça rigole, il y a une belle ambiance, le soleil a mis de la bonne humeur dans l’air, on dirait qu’on est dans un magasin « comme là-bas mon frère »

Depuis que Youssef et Abdel ont ouvert «Chez Pinou», il fait plus chaud dans mon bled.

 

Comment faisait-on avant ?

Je viens d’apprendre que Nicow, un de mes anciens étudiants, a créé avec des amis une boîte de conception de jeux virtuels dont le premier, appelé Drip*, est diffusé aujourd’hui sur Google Play. Un bon jour pour lancer une nouvelle activité sur le net. Je souhaite, en effet, à cette jeune équipe un succès à l’instar de celui d’un autre jeune dont la société âgée d’à peine dix ans entre en Bourse aujourd’hui et est valorisée à 104 milliards de dollars. Pourquoi autant ? Parce que son idée est  devenue indispensable. Et qu’on se demande comment on faisait avant, quand elle n’existait pas. Oh, je sais, il y a 104 milliards de raisons de critiquer Facebook.

Mais ce matin, moi, j’ai quelques raisons d’en dire du bien. C’est grâce à Facebook, par exemple, que je peux suivre l’évolution de Nicow et de nombreux autres jeunes que j’ai eu la chance de rencontrer. C’est grâce à Facebook que j’ai démarré la journée de bonne humeur grâce  aux commentaires débiles et rigolos d’un copain et que j'ai déjà eu un échange sympa avec mon frère aîné. C’est grâce à Facebook que j’ai pu répondre à une question d’une étudiante angoissée à quelques jours de son jury de fin d’année. C’est grâce à Facebook que je viens de transmettre à ma fille les dernières photos prises hier. C’est grâce à Facebook que je vous envoie ce texte... mais pour ceci, je ne sais pas s’il faut dire « grâce à ».

* https://play.google.com/store/apps/details?id=AtomicTurtleStudio.Drip

 

L'homme des belles paroles

Maxime, un de mes petits fils, fête ses trois ans demain.

Je lui ai trouvé une jolie carte d’anniversaire illustrée d’un petit ours pilotant un avion, mais voilà il faut écrire quelques mots maintenant.

« Joyeux anniversaire » ne suffira pas. Vu que je suis « the writer of the family » (moi aussi, Grégoire), on m’attend au tournant de mes phrases. Pas Maxime qui s’en fout royalement puisqu’il ne sait pas lire, mais bien ceux qui l’entourent.

Je me concentre, je suce mon Bic... et voilà, c’est parti, je gratte.

Quand c’est fini, je signe et demande à ma femme de faire de même. Elle lit et, avec un demi-sourire, m’adresse un doucereux : « Ah, pour trouver les bonnes formules, tu es l’homme de la situation... l’homme des belles paroles ».

Je ne suis pas sûr que ce ne soit qu'un compliment.


 

Awen et le mal d’auto

- Papi, j’ai mal au ventre
- Prends patience, on va bientôt arriver
- Oui, mais je sens que le vomi remonte et va arriver à ma bouche
- Bon, attends, je vais m’arrêter dès que je peux, mais ce n’est pas facile sur l’autoroute
- Je n’aime pas l’autoroute, on va trop vite. Je préfère avec Mamie, elle roule doucement sur les petites routes
- Ah ! ça pour rouler doucement, Mamie roule doucement ! Attends, voilà un parking, on va pouvoir s’arrêter. Ça y est, je vais ouvrir ta portière, ainsi tu peux prendre un peu l’air, ça va mieux ?
- Oui... tu sais que dans la voiture de mon papa, il y a plus d’air que dans la tienne ?
- Normal, avec ton père, tout est toujours mieux
- Et mon papa, il met pas du chauffage comme toi. Il met de la chaleur froide, lui
- ...