Europolis
7h30 ce matin. De son écriture illisible, mon médecin griffonne le renouvellement de mes médicaments. C’est mardi gras, il se lâche : il me prescrit des petites pilules blanches et des grosses gélules colorées comme des confettis.
Pendant qu’il gribouille, je regarde partout dans son cabinet-capharnaüm. Des cadres, des planches originales, des dessins de presse. Signés de Franquin à Geluck, de Kroll à Plantu. Des reproductions d’affiches de cinéma aussi. Le docteur H est un fou de BD et de vieux films. Il est non seulement un collectionneur averti, il est aussi un dessinateur. Assez connu d’ailleurs. C’est drôle de le voir hirsute et en blouson de cuir quand il présente ses derniers albums dans les librairies spécialisées ou à la télé.
Donc, aller en consultation chez lui, c’est comme se rendre à une expo. Le verre du vernissage étant remplacé par une prise de tension - excellente ce matin, merci ! - ou une injection.
Aujourd’hui, une nouvelle œuvre encombre un meuble bas déjà envahi par des piles de dossiers et des brochures médicales. Une affiche du film Metropolis de Fritz Lang: un dessin dur au crayon noir gras représente l’héroïne-robot, sourire froid et manches retroussées face à un arrière plan de gratte-ciel-Babel. Malaise. Impression d’oppression. De broiement. J’interroge le docteur. « Un ami dessinateur a recréé l’affiche de ce film-culte, je trouve le dessin très expressif ».
Et j’ajoute : «Très actuel aussi, il suffit de changer le titre en Europolis et il ne s’agit plus d’une vieille histoire de science-fiction ».