Voix amies

C’est dans les moments de grande solitude que l’on rêve du souffle d’une présence, que l'on espère le son d’une voix qu’on aime, que l'on attend les mots bêtes qui font du bien.

J’ai froid ce soir, je suis seul, je me cale confortablement dans mon fauteuil, je monte le chauffage à fond. Et j’attends.

Soudain, la voix chaude et douce d’un vieux copain appelé Elvis berce mon spleen d’un « dirty feeling ». Et puis, c’est au tour de ce ringard de Dick de venir me dire des bêtises, il « n’entend plus ses genoux qui craquent ». Son pote Eddy s’en fout et ne se préoccupe que de ses « chaussettes noires ». Mes vieux copains, je le savais, ne me laisseraient pas seul en cette soirée d’hiver particulièrement rude. Petula et France passeront me dire bonsoir. Et puis John, Paul, George et Ringo. Et Mick. Et Chuck. Et le petit Richard, toujours aussi nerveux. Joe, à qui sa copine a dit « d’aller siffler là haut sur la colline » viendra aussi me chanter une petite sérénade.

Je n’ai plus froid, je suis bien, je ne vois pas le temps passer. J’ai même très chaud quand j’entends les belles voix à l’accent californien des vieux garçons de la plage dont j’enviais, gamin, le bronzage couleur donuts.

De tous les médias, la radio est décidément le plus sympa. Grâce à ce bon vieux Claude Delacroix et les voix amies de mes sixties, j’ai passé une belle soirée. J’ai même accompagné Frank Alamo quand il a chanté « je file-file-file sur la route de l’amour ». J’ai juste changé les paroles par « je traîne dans les files-files-files sur la route enneigée ».

Avec le sourire depuis quatre heures.